La Tunisie en danger :
Une menace climatique et des crises hydriques et alimentaires détectées
La Tunisie vit aujourd’hui l’une des périodes les plus critiques de son histoire hydrique. Les barrages se vident, les sécheresses s’allongent, et les températures atteignent des niveaux records. Pendant que les crises s’accélèrent, une question s’impose : sommes-nous prêts à affronter la décennie la plus chaude et la plus sèche jamais enregistrée ?
La Tunisie fait face à un changement climatique qui menace directement sa sécurité hydrique et alimentaire, deux piliers essentiels de sa stabilité économique et sociale. La combinaison de sécheresses répétées, de températures extrêmes et d’une baisse continue des précipitations fragilise les barrages, les réseaux de distribution et la production agricole, exposant des millions de citoyens à des risques croissants de pénuries et de coupures.
Cette situation concerne l’ensemble du pays : les décideurs publics qui doivent anticiper la crise, les agriculteurs dont les moyens de subsistance dépendent de l’eau, les entreprises touchées par les perturbations d’approvisionnement, et les ménages qui subissent déjà les impacts au quotidien. Agir rapidement devient indispensable pour protéger la population, préserver l’économie et garantir un accès équitable et durable à l’eau et à l’alimentation.
La Tunisie subit un stress hydro-climatique qui se manifeste sur plusieurs fronts et affaiblit progressivement ses ressources hydriques. Les apports dans les barrages diminuent sous l’effet des sécheresses successives, avec des variations extrêmes allant de 0,5–0,8 km³ en années sèches à 1,8–2 km³ en années humides, rendant toute planification difficile. L’agriculture, qui consomme environ 60 % de toute l’eau mobilisée depuis 1995, continue d’exercer une pression massive sur une ressource déjà limitée, alors que les épisodes de chaleur extrême dépassant souvent 48–49 °C aggravent l’évaporation et le dessèchement des sols. À cela s’ajoutent des perturbations croissantes du service, comme les nombreuses coupures d’eau signalées dans plusieurs régions. L’ensemble crée un dilemme structurel : une demande rigide et croissante face à une offre de plus en plus contrainte par le climat.
Avec moins de 500 m³ d’eau par habitant, la Tunisie se situe déjà en dessous du seuil de rareté absolue, ce qui expose directement le pays à une crise hydrique sévère. Ce déficit chronique fragilise la production agricole, devenue extrêmement vulnérable aux chocs thermiques, et met sous tension des réseaux de distribution vieillissants, parfois marqués par plus de 40 % de pertes. Les ménages subissent les conséquences de cette pression, notamment par des coupures fréquentes et l’incertitude croissante liée à l’accès à l’eau. La stabilité sociale elle-même est menacée, car l’eau conditionne les prix alimentaires, l’emploi rural et la résilience des communautés.
Les tendances observées montrent que la pression climatique s’intensifie plus rapidement que les capacités d’adaptation du pays. Les sécheresses prolongées, les températures extrêmes et la baisse continue des précipitations réduisent chaque année la marge de manœuvre pour protéger l’agriculture, les ménages et les infrastructures. Dans ces conditions, la question n’est plus de savoir si le risque existe, mais plutôt combien de temps il reste à la Tunisie avant que cette crise ne devienne irréversible.
Pour répondre à l’urgence hydrique et anticiper les crises à venir, la Tunisie doit engager des changements rapides et structurels. À court terme, la priorité est de réduire fortement les pertes d’eau qui affaiblissent les réseaux d’irrigation et d’eau potable. Un programme national d’entretien et de renouvellement des infrastructures permettrait de récupérer jusqu’à 30 % de l’eau aujourd’hui perdue, au bénéfice direct des ménages, des agriculteurs et des territoires les plus exposés. En parallèle, la mise en place de quatre à cinq stations pilotes de dessalement dans le Centre et le Sud, alimentées par l’énergie solaire et financées via des partenariats public-privé, offrirait une nouvelle source d’approvisionnement essentielle pour sécuriser l’irrigation et l’eau potable.
À plus long terme, la Tunisie doit repenser la gestion de sa ressource en eau en renforçant l’efficacité des usages agricoles, en modernisant les systèmes d’irrigation, en développant la réutilisation des eaux usées et en contrôlant strictement l’exploitation des nappes. Il est aussi essentiel de soutenir une agriculture plus résiliente, fondée sur des cultures économes en eau, une diversification rurale et un accompagnement spécifique des petits exploitants et des femmes rurales. Ces efforts doivent s’inscrire dans une approche globale combinant protection sociale, gouvernance cohérente entre secteurs, systèmes d’alerte précoce et coopération régionale, notamment pour la gestion des ressources transfrontalières et le développement de projets communs. Ces changements, portés par l’État, les collectivités locales, les agriculteurs, le secteur privé et les partenaires internationaux, constituent les leviers essentiels pour renforcer durablement la sécurité hydrique et alimentaire du pays.
Pour répondre à l’urgence hydrique et anticiper les crises à venir, la Tunisie doit engager des changements rapides et structurels. À court terme, la priorité est de réduire fortement les pertes d’eau qui affaiblissent les réseaux d’irrigation et d’eau potable. Un programme national d’entretien et de renouvellement des infrastructures permettrait de récupérer jusqu’à 30 % de l’eau aujourd’hui perdue, au bénéfice direct des ménages, des agriculteurs et des territoires les plus exposés. En parallèle, la mise en place de quatre à cinq stations pilotes de dessalement dans le Centre et le Sud, alimentées par l’énergie solaire et financées via des partenariats public-privé, offrirait une nouvelle source d’approvisionnement essentielle pour sécuriser l’irrigation et l’eau potable.
À plus long terme, la Tunisie doit repenser la gestion de sa ressource en eau en renforçant l’efficacité des usages agricoles, en modernisant les systèmes d’irrigation, en développant la réutilisation des eaux usées et en contrôlant strictement l’exploitation des nappes. Il est aussi essentiel de soutenir une agriculture plus résiliente, fondée sur des cultures économes en eau, une diversification rurale et un accompagnement spécifique des petits exploitants et des femmes rurales. Ces efforts doivent s’inscrire dans une approche globale combinant protection sociale, gouvernance cohérente entre secteurs, systèmes d’alerte précoce et coopération régionale, notamment pour la gestion des ressources transfrontalières et le développement de projets communs. Ces changements, portés par l’État, les collectivités locales, les agriculteurs, le secteur privé et les partenaires internationaux, constituent les leviers essentiels pour renforcer durablement la sécurité hydrique et alimentaire du pays.
La Tunisie n’est pas seulement confrontée à des projections alarmantes : la crise est déjà là. Des barrages au tiers de leur capacité, des températures extrêmes, une agriculture fragilisée, des ménages épuisés par les coupures et une demande qui ne cesse d’augmenter.
Pour éviter une crise hydrique et alimentaire majeure, aux conséquences économiques et sociales potentiellement dramatiques, le pays doit agir immédiatement, de manière cohérente, coordonnée et ambitieuse.
Auteurs:
Houda Boubaker, Maître assistante en méthodes quantitatives à la Mediterranean School of Business (MSB), L.R. MASE (LR21ES21) et EPI Lab.
Hichem Mediouni, Maître assistant en méthodes quantitatives à la MSB et EPI Lab.
Remerciements:
La production de ce blog post est soutenue par Savoirs éco, projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France qui vise à appuyer les Structures Productrices de Savoirs à vocation Économique (SPSE) en Tunisie.
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Former, motiver, connecter :
Comment un programme de formation Tunisien transforme les perspectives professionnelles des Jeunes ?
En Tunisie, quatre jeunes sur dix sont au chômage. Pourtant, un employeur sur trois ne trouve pas de candidats qualifiés. Ce paradoxe révèle un problème profond : le fossé entre ce qu'enseignent les institutions académiques et ce que recherchent les entreprises. Dans ce contexte, un programme innovant dans le secteur touristique cherche à offrir aux jeunes les compétences et la confiance nécessaires pour s’insérer professionnellement.
Malgré des progrès économiques depuis la révolution de 2011, le chômage reste élevé, surtout chez les jeunes. Le secteur des services, dominé par le tourisme, représente près de deux tiers du PIB et plus de la moitié des emplois, mais peine à offrir des postes stables et bien rémunérés. Parallèlement, les entreprises se plaignent d’un manque de compétences pratiques et de “soft skills” (communication, esprit critique, organisation). C’est dans ce contexte que le programme FIESP II (Formation inter-entreprises avec le secteur privé), soutenu par l’agence de coopération de développement allemande, la GIZ, a été mis en place. Destiné aux jeunes peu ou moyennement qualifiés, il combine formation technique, compétences comportementales et stages en entreprise pour répondre aux besoins réels du secteur touristique.
Les résultats intermédiaires de l’évaluation du programme, la midline, montrent plusieurs points forts :
Une satisfaction élevée : 85 % des participants apprécient les cours théoriques, 89 % les cours de soft skills et 70 % les stages en entreprise.
Des compétences renforcées : amélioration de 8 % des compétences techniques et de 3 % des soft skills.
Confiance et réseau : 86 % des participants se sentent plus confiants et 90 % ont élargi leur réseau professionnel.
Stratégies alternatives : 27 % des participants ont repris des études ou suivi une formation complémentaire, réduisant temporairement le chômage mais pas encore l’employabilité directe.
Cependant, certains défis persistent :
Forte aspiration migratoire : 85 % souhaitent émigrer, 34 % ont déjà entamé des démarches.
Disparités régionales et de genre : les femmes et les jeunes des régions intérieures font face à plus de barrières (mobilité, sécurité, salaires).
Effets à long terme incertains : l’impact final sur l’emploi et les revenus ne sera mesurable qu’après l’évaluation finale en 2026.
Qui sont ces jeunes qui postulent au programme ? Des hommes et femmes de 27 ans en moyenne, restés 22 mois au chômage malgré 28 mois d'expérience. Ils vivent dans des ménages modestes (68% en difficulté économique) et gagnent 767 TND par mois (environ 240 USD).
Les inégalités sont fortement discernables : les femmes ont 9 mois d'expérience de moins que les hommes et restent 7 mois de plus au chômage. Dans les régions intérieures, c'est encore pire : 5 mois d'expérience de moins et 6 mois de chômage supplémentaire par rapport aux régions côtières.
Pour eux, le salaire n'est pas tout. Ils cherchent surtout des perspectives d'évolution (46% citent ce critère) et un environnement de travail stimulant (40%). Mais quand le secteur ne valorise pas les métiers de base et ne reconnaît pas l'expérience acquise, difficile de retenir les bénéficiaires.
Les enseignements tirés de FIESP II permettent d’identifier des leviers pour maximiser l’efficacité des formations
1. Coconcevoir les formations avec les employeurs et le secteur privé: Impliquer systématiquement le secteur privé dans la conception des programmes de formation, allonger les formations (51% des participants le demandent), et ajouter des modules en langues étrangères (anglais, allemand, italien).
2. Réduire les inégalités : Créer un "Fonds mobilité-hébergement" de 200-300 TND/mois pour les femmes et les jeunes des régions intérieures. Inciter financièrement les centres de formation à atteindre 40% de bénéficiaires féminines.
3. Offrir des alternatives à l'emploi salarié : 21% des participants veulent créer leur entreprise. Les orienter vers les programmes d'entrepreneuriat (GERME, MORAINE, CEFE) avec accès facilité au (micro)financement.
4. Structurer l'apprentissage en entreprise : Généraliser le modèle 50% centre de formation /50% entreprise avec tuteurs certifiés et promouvoir l'Article 48 où l'État finance la formation si l'entreprise s'engage à recruter le bénéficiaire.
5. Accompagner après la formation : Ne pas laisser les jeunes bénéficiaires seuls après les 3 mois. L'ANETI pourrait assurer un suivi individualisé pendant 12 mois : aide au CV, simulations d'entretiens, mise en relation directe avec les employeurs.
Le programme FIESP II montre qu’il est possible d’améliorer les compétences des jeunes tout en renforçant leur confiance et leur réseau professionnel. Mais les compétences seules ne suffisent pas : il faut transformer l’ensemble de l’écosystème. Valoriser les métiers, structurer l’apprentissage, accompagner durablement les jeunes et offrir des perspectives concrètes sont les clés pour que la formation devienne un véritable tremplin vers l’emploi local et non vers l’étranger.
Sans horizons professionnels attractifs, les jeunes continueront à considérer la formation comme un passeport pour l’émigration plutôt qu’un investissement dans leur avenir en Tunisie. Les compétences acquises peuvent faciliter la mobilité internationale, mais leur potentiel local restera inexploité sans opportunités d’évolution.
L’évaluation finale en 2026 dira si les fondations posées aujourd’hui se traduisent en emplois durables. En attendant, le message est clair : la question n’est plus « comment former ? », mais « comment retenir ? ».
Auteurs:
Amira Bouziri, Maître de Conférences en méthodes quantitatives à la Mediterranean School of Business (MSB), L.R. MASE (LR21ES21), ESSAI, Université de Carthage et EPI Lab.
Yvonne Giesing, économiste et PostDoc à l’Institut ifo de Munich, chercheuse associée au CESifo, à l'IZA et au J-PAL, et membre du corps professoral junior de l'Université de Munich.
Kaïs Jomaa, consultant pour la Banque mondiale, étudiant en master d’économie et candidat au PhD à Nova School of Business and Economics et diplômé de la Mediterranean School of Business (MSB).
Remerciements:
La production de ce blog post est soutenue par Savoirs éco, projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France qui vise à appuyer les Structures Productrices de Savoirs à vocation Économique (SPSE) en Tunisie.
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Mobilité entre la Tunisie et l’Union européenne :
Enjeux actuels et marges d’ajustement
Saviez-vous qu'environ 39 000 ingénieurs tunisiens ont quitté le pays ces dernières années, principalement vers l'Europe, tandis que, dans le même temps, plus de 38 000 demandes de visa Schengen ont été refusées à des ressortissants tunisiens en 2024 ? Ce contraste illustre la complexité actuelle des relations de mobilité entre la Tunisie et l’Union européenne (UE). Comment transformer cette dynamique asymétrique en un partenariat mutuellement bénéfique ?
La mobilité internationale est au cœur des relations tuniso-européennes, portées par l'accord d'association de 1995 qui nécessite aujourd'hui une actualisation pour répondre aux défis contemporains. Dans un contexte de tensions économiques structurelles en Tunisie et de besoins de main-d'œuvre en Europe, la gestion des flux migratoires est devenue un enjeu de politique publique majeur. Ce débat s'adresse autant aux décideurs qu'aux citoyens, car il touche à la stabilité et au développement de la région méditerranéenne.
Les recherches actuelles mettent en lumière trois réalités importantes :
• Une sélectivité marquée : La mobilité est aujourd'hui « sélective », favorisant les profils hautement qualifiés (les « talents ») tout en restreignant l'accès pour les autres catégories professionnelles. Ce phénomène alimente une « fuite des cerveaux » tout en limitant les voies légales pour une grande partie de la population.
• Le primat de la sécurité : La coopération actuelle, notamment via le mémorandum d'entente de 2023, se concentre fortement sur l'externalisation du contrôle des frontières. Sur les 105 millions d'euros d'aide prévus, une part prépondérante est dédiée à la lutte contre le trafic et au renforcement des garde-côtes.
• Une interdépendance asymétrique : L'intégration commerciale est forte (l'UE représentait 53,3 % des importations tunisiennes en 2018), mais la Tunisie reste vulnérable aux chocs monétaires et à la dépendance financière externe.
Pour rendre cette relation plus stable, le Policy Brief suggère des ajustements concrets :
1. Diversifier les voies légales : Il est proposé d'élargir la mobilité temporaire à des secteurs essentiels (ouvriers, travailleurs saisonniers), au-delà des seuls ingénieurs et médecins. En 2023, 6 664 permis saisonniers ont été délivrés, montrant un levier qui pourrait être renforcé.
2. Soutenir les institutions locales : Plutôt que de se focaliser uniquement sur les frontières, l'appui devrait prioriser les services de l'emploi et la formation professionnelle en Tunisie pour réduire les facteurs de départ.
3. Évaluer les capacités réelles : La coopération doit s'appuyer sur des évaluations techniques des capacités d'accueil et de gestion de la Tunisie, afin que les engagements soient proportionnés aux moyens disponibles.
En conclusion, le modèle actuel de coopération migratoire repose sur un équilibre fragile. Pour éviter des effets contre-productifs, comme l'augmentation des flux irréguliers ou la fragilisation des institutions tunisiennes, une approche plus pragmatique est nécessaire. En élargissant les catégories de mobilité et en renforçant le soutien économique, l'UE et la Tunisie peuvent bâtir une relation plus efficace et durable.
• Organisation internationale pour les migrations (OIM) - Tunisie
• https://www.ins.tn/publication/indicateurs-de-lemploi-et-du-chomage-premier-trimestre-2025 ins.tn
Auteur:
Sourour Barouni, enseignante chercheuse à la Mediterranean School of Business (MSB), doctorante en Migration Studies à Birmingham City University.
Remerciements :
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70 000 emplois sous le soleil : La transition énergétique est-elle l'arme secrète de la Tunisie contre le chômage ?
Saviez-vous que l'indépendance énergétique de la Tunisie est passée de plus de 80 % à la fin des années 2000 à seulement 35 % en octobre 2025 ? Parallèlement, près d'un diplômé sur trois est aujourd'hui au chômage, un chiffre qui grimpe à 40 % dans certaines régions de l'intérieur. Et si la solution à ces deux crises majeures se trouvait précisément dans notre ciel et notre vent ?
La Tunisie traverse une situation critique : notre production d'électricité dépend à 94 % du gaz naturel, ce qui nous expose dangereusement à la volatilité des prix mondiaux. Cette dépendance a creusé un déficit colossal de 9,1 milliards de dinars dans notre balance commerciale énergétique. Face à ce constat, la transition vers 50 % d'énergies renouvelables d'ici 2035 n'est plus seulement un choix écologique, c’est une urgence vitale pour notre souveraineté et notre économie.
Le plus grand trésor de la Tunisie ne se trouve pas sous terre, mais au-dessus :
Solaire : Plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an.
Éolien : Un potentiel de 10 GW, surtout sur nos côtes et nos montagnes.
L'enjeu est de taille : cette transition pourrait créer 70 000 emplois d'ici 2035. C'est vingt fois plus que ce que nous parvenions à créer il y a dix ans. Ce qui est frappant, c'est que ces emplois pourraient transformer les régions du Nord-Ouest et du Centre, là où le chômage est le plus élevé, mais où le potentiel solaire et éolien est le plus fort.
Pourquoi ne voyons-nous pas encore ces milliers d'emplois ? Aujourd'hui, les énergies renouvelables ne pèsent que 3 % de nos ressources. Les obstacles sont principalement administratifs et sociaux :
La lenteur de la STEG : Il faut en moyenne 1,5 an pour raccorder une nouvelle installation au réseau.
L'inégalité des genres : Bien que les femmes représentent 58 % des diplômés, elles n'occupent que 28 % des emplois du secteur et seulement 6 % des postes de direction.
La fuite des cerveaux : Nos ingénieurs et techniciens les plus qualifiés partent massivement à l'étranger.
Pour débloquer ce gisement de 70 000 emplois, nous proposons quatre mesures concrètes :
Réduire les délais : Imposer à la STEG un raccordement en moins de deux mois pour rassurer les investisseurs privés.
Miser sur le local : Encourager les petits projets (moins de 2 MW) pour les PME et les agriculteurs afin de créer des emplois directement dans les régions.
Réformer la formation : Intégrer des modules obligatoires sur l'efficacité énergétique dès la première année d'études et généraliser l'apprentissage en alternance.
Assurer l'inclusion : Offrir des formations gratuites aux chômeurs de longue durée et lancer des programmes de mentorat pour les femmes afin de briser les stéréotypes.
La transition énergétique en Tunisie est bien plus qu'une question de panneaux solaires : c'est un levier stratégique pour l'indépendance de notre pays et l'avenir de notre jeunesse. En simplifiant les règles et en investissant dans nos talents locaux, nous pouvons transformer chaque rayon de soleil en une opportunité de carrière durable.
Auteur:
Imen Bouhestine, South Mediterranean University Research & Development Center (SMU R&D Center), doctorante en économie à l’Ecole Supérieure des Sciences Economiques et commerciales de Tunis (ESSECT), et EPI Lab.
Remerciements:
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La concurrence :
Un levier stratégique pour combattre l'extrême pauvreté, mais pas partout !
Le monde est confronté à une stagnation alarmante dans la lutte contre la pauvreté extrême. Malgré les efforts, environ 700 millions de personnes vivent toujours en situation de pauvreté extrême (moins de 2,15 dollars par jour) d’après la Banque Mondiale (2024), et l'Objectif de Développement Durable de mettre fin à ce fléau d'ici 2030 semble hors d'atteinte1. La réduction de la pauvreté mondiale a atteint une quasi-stagnation, une décennie perdue étant à craindre, surtout dans les pays en développement En effet, 60 % des personnes extrêmement pauvres vivent en Afrique subsaharienne2.
Face à ce constat, il est impératif d'explorer des solutions au-delà des politiques directes traditionnelles (transferts, subventions). Un levier souvent sous-estimé est la concurrence économique. Ce levier devrait toutefois être utilisé avec précaution. Notre travail de recherche (Ghazzai et al., 2023) montre que l'effet de la concurrence sur la pauvreté n'est pas uniforme. Il dépend crucialement d'une variable structurelle clé dans les pays en développement : la concentration de la propriété.
L'idée qu'une concurrence accrue est bénéfique est largement admise : elle fait baisser les prix, augmente les choix pour les consommateurs (particulièrement les plus pauvres), et peut stimuler l'innovation et la création d'emplois. Cependant, la concurrence a aussi un effet secondaire : elle érode les marges et les profits des entreprises.
L'impact net sur la pauvreté dépend de qui détient le capital dans le pays. Il est crucial de distinguer deux structures économiques :
1. Structure de Propriété Concentrée
Dans une économie à propriété concentré, les moyens de production sont détenus par un petit nombre d'acteurs (familles riches ou conglomérats).
Quand la concurrence s'intensifie, la baisse des profits pénalise principalement cette minorité de détenteurs de capital. L'effet bénéfique de la concurrence (baisse des prix, création d'emplois et de salaires) se diffuse à l'ensemble de la population, y compris les plus pauvres. Plus de concurrence contribue donc à réduire la pauvreté.
2. Structure de Propriété Dispersée
Dans une économie à propriété dispersée, les entreprises sont possédées par un grand nombre d'agents (petits actionnaires, entrepreneurs individuels, ou un vaste réseau de PME).
Quand la concurrence devient trop féroce, l'érosion des marges touche une proportion significative de la population. Les nombreuses petites entreprises (qui sont souvent les employeurs des plus pauvres) sont moins résilientes, ce qui peut entraîner des faillites, des pertes d'emplois et une diminution globale des revenus. Plus de concurrence risque ainsi d'aggraver la pauvreté si elle n'est pas accompagnée de mesures de protection sociale.
En clair, intensifier la concurrence est une stratégie anti-pauvreté efficace seulement lorsque la propriété des moyens de production est concentrée3 .
L'impact de la concurrence étant conditionnel, les politiques publiques doivent s'adapter à la structure économique de chaque pays. Nous distinguons deux ensembles de recommandations :
1. Pour les Pays à Structure de Propriété Concentrée
Pour ces pays (comme l'Égypte, la Tunisie ou le Kenya), il est vital d'encourager la concurrence pour atténuer la pauvreté.
Faciliter l'Accès des Nouveaux Entrepreneurs aux Marchés : Simplifier l'administration, faciliter l'accès au financement, et créer des incubateurs pour les jeunes entrepreneurs afin de réduire les coûts et de briser la concentration sectorielle.
Prévenir et Combattre les Pratiques Anticoncurrentielles : Renforcer les cadres légaux pour sanctionner sévèrement les cartels et l'abus de position dominante. Un environnement concurrentiel équitable est essentiel pour protéger les pauvres des hausses de prix.
Promouvoir une Culture Entrepreneuriale Plus Inclusive : Intégrer l'esprit d'initiative dès l'école primaire et valoriser les réussites locales pour renforcer l'entrepreneuriat à tous les niveaux de la société.
2. Pour les Pays à Structure de Propriété Dispersée
Pour ces pays (comme le Chili, la Jordanie ou la Thaïlande), l'augmentation de la concurrence doit impérativement être accompagnée de mesures ciblées pour éviter d'aggraver la pauvreté.
Renforcer les Canaux Directs de Réduction de la Pauvreté : Mettre en place des mesures d’accompagnement solides telles que des subventions ciblées (éducation de base, santé, nutrition) et des transferts sociaux ciblés pour compenser les effets distributifs négatifs.
Protéger les Groupes Vulnérables contre la Sortie du Marché : Soutenir activement les petites entreprises et les PME vulnérables (accès au crédit, formation technique) pour éviter les faillites et l'aggravation de la pauvreté.
Considérer des Mécanismes Alternatifs de Croissance et de Redistribution : Adopter des mesures de fiscalité redistributive, ajuster les politiques de salaire minimum et renforcer la protection sociale pour pallier la transmission limitée des bénéfices de la concurrence vers les populations les plus démunies.
En conclusion, la concurrence n'est pas une solution universelle, mais un outil puissant et ciblé. Pour les décideurs politiques dans les pays en développement, l'efficacité des politiques de concurrence est subordonnée à la compréhension de la structure de propriété de leur propre économie. Ne pas tenir compte de cette hétérogénéité, c'est risquer d'aggraver la situation des plus démunis et de retarder davantage l'objectif d'éradiquer l'extrême pauvreté.
Ghazzai, H., Hemissi, W., Lahmandi‐Ayed, R., & Kefi, S. M. (2023). More competition to alleviate poverty? A general equilibrium model and an empirical study. Journal of Public Economic Theory, 25(5), 985-1011.
World Bank. 2024. Poverty, Prosperity, and Planet Report 2024: Pathways Out of the Polycrisis. © World Bank. http://hdl.handle.net/10986/42211 License: CC BY 3.0 IGO.
Auteurs:
Hend Ghazzai, Professeure de méthodes quantitatives à la Mediterranean School of Business (MSB), L.R. MASE (LR21ES21) et EPI Lab.
Wided Hemissi, Maître de conférences en économie à la MSB et EPI Lab.
Sana Mami Kefi, Maître de conférences en économie à la MSB et EPI Lab.
Remerciements:
La production de ce blog post est soutenue par Savoirs éco, projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France qui vise à appuyer les Structures Productrices de Savoirs à vocation Économique (SPSE) en Tunisie.
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Décrochage, inégalités, faibles résultats scolaires :
l’Education Sociale & Financière change la donne en Tunisie.
« Pourquoi près de 300 élèves tunisiens quittent l’école chaque jour et plus de 70 % présentent des lacunes en calcul ? Pourquoi en 2022, le taux de réussite au baccalauréat variait de 24 % à Kasserine à 61 % à Sfax ? ».
Essayons dans ce qui suit, de comprendre et d’analyser les problèmes sous-jacents de cette crise profonde du système éducatif tunisien, de découvrir des solutions innovantes et éprouvées et de proposer des recommandations stratégiques et opérationnelles à l’intention des décideurs publics.
Bien que l’enseignement de base en Tunisie soit quasi universel, le système éducatif produit encore d’importantes lacunes privant les élèves des compétences indispensables à leur insertion sociale et économique. Au-delà des résultats scolaires, c’est le climat même de l’école qui est fragilisé. La violence en milieu scolaire pèse lourdement sur leur bien-être, leur motivation et leur avenir. Malgré de nombreuses réformes et projets pilotes, les transformations restent limitées, inégales, fragmentées et difficiles à généraliser. La question centrale est donc de savoir comment repenser la politique publique afin d’évoluer vers des approches centrées sur l’apprenant — intégrant les compétences du XXIᵉ siècle et s’appuyant sur les innovations portées par les projets pilotes de la société civile ce qui constituerait un levier important pour améliorer durablement la qualité des apprentissages et l’équité de l’enseignement de base.
Quatre constats majeurs ressortent :
• Des apprentissages très faibles : la Tunisie est classée parmi les derniers pays (Programme for International Student Assessment, PISA), un retard scolaire des élèves de 3 ans par rapport à moyenne de l’OCDE, 71,8 % des enfants en difficulté en calcul et 34 % en lecture (Multiple Indicator Cluster Survey, MICS), et très peu d’élèves atteignant un bon niveau en maths et sciences (Trends in International Mathematics and Science Study, TIMSS).
• Un décrochage massif : près de 300 élèves quittent l’école chaque jour, un redoublement de 7,9 %, et une hausse des enfants non scolarisés.
• Une violence scolaire élevée : plus d’un élève sur deux est victime de violence physique, avec de lourdes conséquences psychologiques et le coût de la violence estimé à 1,9 % du PIB1.
• De fortes inégalités territoriales et sociales : écarts majeurs de réussite, d’accès au numérique et recours accru aux cours particuliers selon les régions et les milieux sociaux.
Le diagnostic stratégique converge sur six blocages structurels :
• Manque de référentiels clairs pour intégrer les pédagogies actives et les compétences du XXIᵉ siècle
• Absence d’approche systémique centrée sur l’école.
• Faiblesse de la formation et de l’accompagnement pédagogique.
• Difficulté à institutionnaliser et généraliser les projets pilotes innovants et absence d’un système de suivi-évaluation centré sur la qualité des apprentissages et l’équité.
• Contraintes financières fortes, avec un budget absorbé à 95 % par les salaires.
• Facteurs externes aggravants (instabilité, crises, faible implication des parents). En résumé, le problème n’est pas le manque d’initiatives, mais l’incapacité du système à transformer les réformes en changements durables à grande échelle.
Le programme AFLATOUN, un modèle d’éducation sociale et financière internationalement éprouvé, a été transféré et adapté en Tunisie par Enda inter-arabe afin de développer chez les élèves des compétences de vie, citoyennes et entrepreneuriales, en particulier dans les écoles publiques défavorisées. Ce modèle apporte des réponses concrètes aux faiblesses du système éducatif tunisien en agissant à la fois sur les apprentissages, le climat scolaire et les inégalités. Face aux faibles acquis et au manque de compétences transversales, les clubs ont permis aux élèves de développer pensée critique, coopération, confiance en soi et sens de l’initiative à travers 65 projets concrets, avec un impact visible sur les résultats scolaires, le comportement et l’engagement, notamment des filles.
Pour lutter contre le décrochage et la violence, l’approche a amélioré le climat scolaire, renforcé les relations élèves-enseignants et favorisé l’implication des parents, tout en redonnant aux élèves un sentiment d’appartenance à l’école. Pour réduire les inégalités, le programme a ciblé des écoles défavorisées, amélioré les infrastructures, introduit des ressources numériques et facilité l’accès des familles vulnérables au financement des dépenses éducatives. Sur le plan systémique, l’ESF a répondu aux blocages structurels identifiés : elle a introduit une approche intégrée centrée sur l’école (pédagogique, sociale et physique), proposé un référentiel opérationnel de compétences du XXIe ancré dans le curriculum national de l’enseignement de base, renforcé durablement les pratiques des enseignants par la formation et l’accompagnement, et démontré qu’un projet pilote peut être institutionnalisé et mis à l’échelle avec l’adhésion du ministère et des acteurs locaux. Enfin, son déploiement progressif, sa capitalisation continue et son alignement sur les priorités nationales montrent qu’il est possible de transformer des innovations éducatives en levier de réforme systémique, malgré les contraintes financières et le contexte de crise.
Fort des résultats observés et grâce à sa maturité et son ampleur, le Programme AFLATOUN présente un potentiel réel de mise à l’échelle et de transférabilité. L’ESF intégrée à l’échelle nationale constitue un levier structurant pour répondre simultanément aux enjeux de qualité, d’équité et de pertinence des apprentissages, à condition d’être conçue comme une réforme systémique : institutionnalisée, adossée à des référentiels pédagogiques clairs, soutenue par un corps enseignant formé et encadrée par un système de suivi-évaluation orienté vers les résultats d’apprentissage et d’équité.
Les recommandations pour la mise à l’échelle nationale de l’ESF, sont formulées à l’intention des décideurs du Ministère de l’éducation Nationale et de la Présidence de la République. Elles répondent aux priorités nationales urgentes, s’appuient sur une expérimentation éprouvée, renforcent la capacité de pilotage et la crédibilité du MeD, restent compatibles avec les contraintes budgétaires, valorisent les enseignants et renforcent l’adhésion au changement, consolident la position internationale de la Tunisie.
L’annexe du Policy Brief, décline les recommandations ci-dessous en 35 mesures concrètes permettant aux décideurs de sélectionner celles jugées pertinentes et réalisables dans le contexte national, offrant ainsi une réforme à faible risque et à fort impact tout en renforçant le leadership institutionnel.
R1 : Mener une évaluation indépendante de l’impact (résultats d’apprentissage, équité) permettant de fonder la mise à l’échelle nationale de l’ESF sur des données probantes et d’éclairer la stratégie à mettre en place dans le cadre de la réforme et de l’amélioration continue des performances du système.
R2 : Mettre en place un système de suivi-évaluation numérisé mesurant l’efficacité des action éducative et l’efficience du système permettant un pilotage par les résultats (apprentissage, équité).
R3 : Donner à l’équipe pédagogique et aux enseignants-animateurs, le rôle de noyau moteur de la réforme (positionnement administratif clair, budget, encadrement, valorisation) et institutionnaliser l’ESF à travers l’adoption des référentiels, le développement de manuels de compétences et leur intégration dans les dispositifs de formation existant, afin de faciliter l’appropriation des mécanismes du programme par les structures du MeD.
R4 : Adopter « l’école » comme unité de déploiement en intégrant des actions visant simultanément les trois dimensions de l’ambiance scolaire (académique, physique et sociale) avec une approche participative, concertée et systémique.
R5 : Continuer l’extension des Clubs AFLATOUN, dans toutes les écoles publiques, comme un espace d’expérimentation pédagogique de l’ESF et de renforcement de la vie scolaire, en donnant la priorité aux écoles défavorisées dans la réhabilitation des infrastructures.
R6 : Continuer l’intégration de l’ESF au niveau de nouvelles disciplines et nouveaux degrés et utiliser le même modèle pour l’intégration de nouvelles compétences transversales (santé, environnement, etc.).
R7 : Repenser le financement de l’éducation notamment la contribution des ménages et des entreprises à travers la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), converger les financements internationaux autour de la réforme et rationnaliser la gestion budgétaire du MeD.
Auteur:
Fatma Triki, consultante senior en stratégie, conception et pilotage de programmes de développement inclusif et durable.
Remerciements:
La production de ce blog post est soutenue par Savoirs éco, projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France qui vise à appuyer les Structures Productrices de Savoirs à vocation Économique (SPSE) en Tunisie.
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Soutenir nos PME face aux crises :
Pourquoi l'exposition au choc ne suffit plus pour cibler l'aide ?
Alors que le monde semble avoir tourné la page de la pandémie de Covid-19, nos économies restent sous une pression constante. Entre tensions géopolitiques et défis climatiques, la région MENA se trouve particulièrement exposée à des chocs qui peuvent, en un instant, paralyser les chaînes d’approvisionnement et tarir la demande.
Dans ce contexte, les petites et moyennes entreprises (PME) sont en première ligne. Représentant 95 % du tissu économique et employant la moitié de la population, elles sont le socle de nos sociétés, mais aussi leur maillon le plus vulnérable en raison d'un accès limité au crédit et aux aides publiques.
Comment alors forger une immunité face aux chocs pour ces entreprises ? Les leçons tirées de la crise du Covid-19 en Tunisie nous obligent à repenser totalement nos mécanismes de soutien d'urgence.
La pandémie n'a pas été un choc uniforme. Elle a frappé les PME via trois canaux distincts qui n'ont ni la même intensité, ni la même durée :
en 2021, alors que le travail reprenait, les chocs de demande et d’approvisionnement continuaient de freiner la reprise. Cela suggère que le soutien public doit être dynamique : dès le retour à la mobilité, l'aide doit être réorientée du soutien aux salaires vers le soutien aux entreprises dont les marchés ou les chaînes logistiques restent perturbés.
L'enseignement le plus surprenant de nos recherches concerne la capacité d'adaptation. On pourrait penser que les entreprises les plus durement touchées sont celles qui s'adaptent le plus par nécessité. Nos données prouvent le contraire : l'adaptation est tirée par la capacité, non par le besoin.
Les entreprises des secteurs dits "essentiels" (autorisées à opérer pendant le confinement) ont mieux adapté leurs processus que les autres. Pourquoi ? Parce qu'en continuant à travailler, elles ont conservé les liquidités nécessaires pour investir dans de nouvelles méthodes de vente ou de production. À l'inverse, les entreprises fermées, étranglées financièrement, ont souvent été incapables de se repositionner.
Certaines caractéristiques structurelles agissent comme des amortisseurs de crise :
En revanche, les secteurs dépendant fortement du financement externe ont été les plus vulnérables, particulièrement face à l'érosion de la demande.
Face à des ressources publiques limitées, la dispersion des aides n'est plus une option. Pour les crises futures, nous suggérons quatre piliers stratégiques :
La crise du Covid-19 a été un laboratoire à ciel ouvert. Elle nous montre que pour protéger notre tissu économique, le soutien de l'État doit devenir aussi agile et diversifié que les crises auxquelles il fait face
Auteurs:
Mohamed Ali Marouani, UMR Développement et sociétés, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne & IRD et EPI Lab.
Remerciements:
La production de ce blog post est soutenue par Savoirs éco, projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France qui vise à appuyer les Structures Productrices de Savoirs à vocation Économique (SPSE) en Tunisie.
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